Je suis incapable de faire l'éloge du bonheur. Complètement incapable. Moi, l'éternelle cynique, pessimiste, et qui ne croyait en plus rien, croit à nouveau. Il est entré dans ma vie, et il a foutu un joyeux bordel. J'avais rien demandé, rien attendu, je ne croyais en plus rien. Et pourtant... Pourtant je voudrais dire à la terre entière à quel point je suis heureuse, à quel point j'ai trouvé l'équilibre qu'il manquait à ma vie. Je voudrais hurler qu'il m'est indispensable, et que si on me l'enlève, j'hurlerai à nouveau qu'on me le rende. Si fort, que les Enfers seront bien obligé de me le rendre, que la terre entière y sera obligée, pour vivre en paix. Non, je ne lâcherai jamais l'affaire en ce qui le concerne. Je me battrai, pour lui. J'obtiendrai ce qu'il me faut dans ma vie, j'atteindrai mes buts.
Qui aurait-cru que quelqu'un puisse me changer autant ? Je vous le redis, je ne ferai pas l'éloge du bonheur. Il m'est juste indispensable pour ma survie. Il est juste l'oxygène qui emplit mes poumons, et ce qui me fait suffoquer lorsqu'il s'éloigne. Il est juste ce qui me calme et ce qui m'angoisse. Le paradoxe ultime. Me l'enlever serait me tuer.
C'est dans ces moments-là où je trouve que le langage est terriblement réducteur, terriblement limité. Il faudrait l'étendre, il faudrait qu'on soit en moi pour sentir ce que je ressens à son égard. Mais c'est impossible, et je me retrouve dans des barrières linguistiques pour tenter de transmettre ce que je veux transmettre. Ces limites là me tue. Je ne peux exprimer ce que je voudrais, à cause de ce langage trop imparfait. Dire "je t'aime" est si commun, si réducteur... et pourtant nous n'avons que cela pour exprimer ce qui nous pèse sur le cœur.
Si vous pouviez voir à quel point je me sens amputée lorsqu'il est loin... Si vous pouviez sentir, ressentir, voir... Mais vous ne pouvez pas, et personne ne le peut. Je suis vouée à être bloquée dans ces barrières là, comme le mouton qu'on enferme en batterie. Mon enfermement à moi, c'est le langage. Et je n'ai rien trouvé de mieux pour m'exprimer, étant donné que la musique, la peinture ou n'importe quel art sont des matières que je ne parviens pas à maîtriser, ni même à comprendre.
Auparavant, j'aurai rit de toutes ces femmes tragiques, ou je n'aurai pas compris totalement ce qu'elles avaient ressenti lorsqu'on leur avait enlevé, supprimé l'objet de leur amour. Mais désormais, tout est limpide. C'est comme si je m'éveillais, et que je voyais la vérité, ce qu'il aurait fallu que je voie de tout temps. Il est en vie, il n'est pas si loin, et pourtant j'ai l'impression persistante qu'un bout de moi-même est partit... Je ne dirais pas que c'est fusionnel, parce que je n'aime pas ce terme. Je dirais que nous sommes, pour ma part, deux êtres distincts l'un de l'autre mais qui se complète à la perfection. Et là, je suffoque de tant d'absence...
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